Droit immobilier
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Comment expulser un locataire qui ne paie pas son loyer en France ?

Équipe JuriliaJuristes & Experts IA
11 juillet 2026

Avertissement Légal

Les articles de vulgarisation de Jurilia analysent des décisions officielles à titre purement pédagogique. Ils ne constituent pas des conseils juridiques personnalisés. Seul un avocat habilité est autorisé à délivrer une consultation adaptée à votre cas spécifique.

Un locataire qui ne paie plus son loyer peut rapidement devenir un cauchemar pour un propriétaire. Entre les pertes financières et les démarches juridiques complexes, la situation peut sembler inextricable. Pourtant, la loi française encadre strictement les procédures d’expulsion pour protéger à la fois les droits des bailleurs et ceux des locataires. Voici comment agir légalement et efficacement pour récupérer votre logement, tout en évitant les pièges courants.

1. Vérifier la situation et agir rapidement

1.1. Identifier un impayé de loyer

Un impayé de loyer est caractérisé dès lors que le locataire ne règle pas tout ou partie du loyer et des charges à la date convenue dans le bail. Selon le Code de la construction et de l’habitation, le bailleur doit signaler cet impayé à l’organisme payeur des aides au logement (comme la CAF) dans un délai de deux mois après sa constitution, sauf si la dette est réglée entre-temps. Ce signalement est crucial, car il permet d’enclencher des mécanismes de prévention et de recouvrement.

1.2. Notifier le locataire par écrit

Avant d’engager toute procédure judiciaire, il est impératif d’informer le locataire de sa dette par lettre recommandée avec accusé de réception (LRAR). Cette notification doit mentionner :

  • Le montant exact de l’impayé (loyer et charges).
  • La date à laquelle la dette a été constatée.
  • Un rappel des obligations contractuelles du locataire.
  • Une mise en demeure de régulariser la situation sous un délai raisonnable (généralement 8 à 15 jours).

Cette étape est obligatoire et permet de prouver que le locataire a été informé de sa dette. Elle est également nécessaire pour saisir ultérieurement le tribunal.

1.3. Saisir la commission de prévention des expulsions (CCAPEX)

En cas d’impayé, le bailleur doit également informer la Commission de Coordination des Actions de Prévention des Expulsions Locatives (CCAPEX). Cette commission, mentionnée dans le Code de la construction et de l’habitation, a pour mission de trouver des solutions amiables pour éviter l’expulsion. Elle peut proposer des aides financières, des délais de paiement ou orienter le locataire vers des dispositifs d’accompagnement social.

2. Engager une procédure judiciaire

Si le locataire ne régularise pas sa situation après la mise en demeure, le bailleur peut engager une procédure judiciaire pour obtenir la résiliation du bail et l’expulsion du locataire. Voici les étapes clés :

2.1. Saisir le tribunal judiciaire

Le bailleur doit assigner le locataire devant le tribunal judiciaire du lieu où se situe le logement. Cette assignation doit être délivrée par un huissier de justice et comporter :

  • Les coordonnées du bailleur et du locataire.
  • Un résumé des faits (dates et montants des impayés).
  • La demande de résiliation du bail et d’expulsion.
  • Le cas échéant, une demande de condamnation au paiement des loyers impayés.

Le tribunal examinera la demande et pourra prononcer la résiliation du bail si l’impayé est avéré. Dans certains cas, il peut également accorder des délais de paiement au locataire, comme le prévoit l’arrêté du 29 mai 2015 relatif aux contrats de location. Ces délais peuvent aller jusqu’à trois ans si le locataire est en mesure de reprendre le paiement du loyer et dispose d’une capacité de remboursement.

2.2. Obtenir un jugement d’expulsion

Si le tribunal prononce la résiliation du bail, il ordonne également l’expulsion du locataire. Cependant, cette décision ne peut pas être exécutée immédiatement. Le locataire dispose d’un délai de deux mois à compter de la signification du jugement pour quitter les lieux. Ce délai peut être réduit à un mois si le logement est situé dans une zone tendue (où la demande de logements est supérieure à l’offre).

Pendant cette période, le locataire peut faire appel du jugement. Si c’est le cas, l’expulsion est suspendue jusqu’à ce que la cour d’appel rende sa décision.

2.3. Faire exécuter l’expulsion par un huissier

Si le locataire ne quitte pas les lieux à l’issue du délai imparti, le bailleur doit faire appel à un huissier de justice pour procéder à l’expulsion. L’huissier délivre alors un commandement de quitter les lieux, qui accorde un nouveau délai de deux mois au locataire pour partir.

Si le locataire refuse toujours de partir, l’huissier peut solliciter l’intervention des forces de l’ordre pour procéder à l’expulsion forcée. Cette étape est encadrée par la loi et ne peut avoir lieu qu’en présence d’un représentant de l’État (comme un commissaire de police ou un préfet).

3. Les recours du locataire

Même en cas d’impayé, le locataire dispose de plusieurs recours pour éviter ou retarder son expulsion. Voici les principaux :

3.1. Demander des délais de paiement

Comme mentionné précédemment, le locataire peut demander au juge des délais de paiement pour régulariser sa dette. Ces délais peuvent aller jusqu’à trois ans, à condition que le locataire reprenne le paiement du loyer et respecte un échéancier de remboursement. Si le locataire respecte ces conditions, le bail n’est pas résilié et l’expulsion est évitée.

3.2. Saisir le Fonds de Solidarité pour le Logement (FSL)

Le Fonds de Solidarité pour le Logement (FSL) est un dispositif qui peut accorder des aides financières aux locataires en difficulté pour payer leur loyer. Le locataire peut saisir ce fonds pour obtenir une aide ponctuelle ou un accompagnement social. La saisine du FSL peut être prise en compte par le juge pour accorder des délais de paiement.

3.3. Invoquer la trêve hivernale

En France, les expulsions locatives sont interdites pendant la trêve hivernale, qui s’étend du 1er novembre au 31 mars. Pendant cette période, même si un jugement d’expulsion a été prononcé, le locataire ne peut pas être expulsé, sauf exceptions (comme les squatteurs ou les logements insalubres). Cette mesure vise à protéger les locataires des expulsions pendant les mois les plus froids de l’année.

4. Les erreurs à éviter

Engager une procédure d’expulsion est un processus long et complexe. Voici les erreurs les plus courantes à éviter :

4.1. Ne pas respecter les délais légaux

Chaque étape de la procédure est soumise à des délais stricts. Par exemple, le bailleur doit attendre deux mois après la constitution de l’impayé avant de saisir le tribunal. De même, le locataire dispose de deux mois après la signification du jugement pour quitter les lieux. Ne pas respecter ces délais peut entraîner l’annulation de la procédure.

4.2. Expulser le locataire sans jugement

Un propriétaire ne peut jamais expulser un locataire de sa propre initiative, même en cas d’impayé. Toute expulsion réalisée sans jugement est illégale et peut exposer le bailleur à des poursuites pour violation de domicile ou expulsion illicite, passibles de sanctions pénales.

4.3. Couper les fournitures (eau, électricité, gaz)

Couper les fournitures (eau, électricité, gaz) pour forcer le locataire à partir est strictement interdit par la loi. Cette pratique est considérée comme une voie de fait et peut entraîner des sanctions pénales pour le bailleur. Seule une décision de justice permet de procéder à une expulsion.

4.4. Ignorer les aides sociales

Ces aides peuvent permettre de régulariser la situation et d’éviter une procédure judiciaire coûteuse et longue.

5. Que faire après l’expulsion ?

Une fois l’expulsion réalisée, le bailleur doit encore accomplir plusieurs démarches :

5.1. Récupérer les loyers impayés

Le jugement d’expulsion peut inclure une condamnation du locataire au paiement des loyers impayés. Pour récupérer ces sommes, le bailleur peut faire appel à un huissier de justice pour engager une procédure de saisie sur salaire ou de saisie des biens du locataire.

5.2. Faire un état des lieux de sortie

Un état des lieux de sortie doit être réalisé pour constater l’état du logement après le départ du locataire. Cet état des lieux permet de déterminer si des dégâts ont été causés et si le locataire doit être tenu responsable de leur réparation.

5.3. Relouer le logement

Une fois le logement libéré et les éventuels dégâts réparés, le bailleur peut le relouer. Il est recommandé de vérifier la solvabilité des nouveaux candidats locataires pour éviter de revivre la même situation.

Questions fréquentes

Quels sont les délais pour expulser un locataire qui ne paie pas son loyer ?

Les délais varient en fonction des étapes de la procédure. En moyenne, il faut compter 6 à 12 mois entre la première mise en demeure et l’expulsion effective. Ce délai peut être prolongé si le locataire fait appel du jugement ou si l’expulsion tombe pendant la trêve hivernale.

Puis-je expulser un locataire sans passer par le tribunal ?

Non, toute expulsion réalisée sans jugement est illégale. Le bailleur doit obligatoirement obtenir une décision de justice pour expulser un locataire, même en cas d’impayé.

Que faire si le locataire refuse de quitter les lieux après le jugement ?

Si le locataire refuse de partir après le jugement, le bailleur doit faire appel à un huissier de justice pour délivrer un commandement de quitter les lieux. Si le locataire persiste, l’huissier peut solliciter l’intervention des forces de l’ordre pour procéder à l’expulsion forcée.

Le locataire peut-il éviter l’expulsion en payant sa dette ?

Oui, si le locataire règle sa dette avant le jugement, le bailleur ne peut plus engager de procédure d’expulsion. Si le jugement a déjà été prononcé, le locataire peut demander des délais de paiement au juge pour éviter l’expulsion, à condition de reprendre le paiement du loyer.

Qu’est-ce que la trêve hivernale et comment impacte-t-elle une expulsion ?

La trêve hivernale interdit les expulsions locatives du 1er novembre au 31 mars. Pendant cette période, même si un jugement d’expulsion a été prononcé, le locataire ne peut pas être expulsé, sauf exceptions (squatteurs, logements insalubres).

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