Droit pénal
8 min de lecture

Prescription des infractions pénales : délais et exceptions en France

Équipe JuriliaJuristes & Experts IA
12 août 2026

Avertissement Légal

Les articles de vulgarisation de Jurilia analysent des décisions officielles à titre purement pédagogique. Ils ne constituent pas des conseils juridiques personnalisés. Seul un avocat habilité est autorisé à délivrer une consultation adaptée à votre cas spécifique.

Imaginez qu’un délit ou un crime soit commis, mais que des années plus tard, plus personne ne puisse engager de poursuites. C’est la réalité de la prescription en droit pénal : un mécanisme qui limite dans le temps la possibilité d’agir en justice. Mais quels sont ces délais ? Quand commencent-ils à courir ? Et surtout, quelles sont les exceptions qui peuvent tout changer ? Cet article vous explique simplement comment fonctionne la prescription des infractions pénales en France, pour que vous compreniez vos droits et vos obligations, que vous soyez victime ou simplement curieux du fonctionnement de la justice.

Qu’est-ce que la prescription en droit pénal ?

La prescription est un principe juridique qui empêche l’engagement de poursuites pénales après un certain délai. Autrement dit, une fois ce délai écoulé, l’auteur d’une infraction ne peut plus être jugé, et la victime ne peut plus demander réparation devant un tribunal pénal. Ce mécanisme repose sur plusieurs justifications :

  • La sécurité juridique : il est considéré comme injuste de laisser planer une menace de poursuites indéfiniment.
  • La présomption d’innocence : avec le temps, les preuves peuvent disparaître ou devenir moins fiables, ce qui rend un procès équitable plus difficile.
  • La réinsertion : l’idée est de permettre à une personne de se reconstruire sans craindre un procès des années après les faits.

Cependant, la prescription ne signifie pas que l’infraction est effacée ou pardonnée. Elle limite simplement la possibilité d’agir en justice. Par ailleurs, elle ne s’applique pas de la même manière selon la gravité de l’infraction.

Les différents délais de prescription

En droit pénal français, les délais de prescription varient en fonction de la nature de l’infraction. On distingue généralement trois catégories : les contraventions, les délits et les crimes. Voici ce qu’il faut retenir.

Prescription des contraventions

Les contraventions sont les infractions les moins graves, comme les excès de vitesse ou les tapages nocturnes. Leur prescription est relativement courte :

  • Délai de prescription : 1 an à partir de la commission de l’infraction.
  • Conséquence : si aucune poursuite n’est engagée dans ce délai, l’auteur ne peut plus être sanctionné.

Ce délai court à partir du jour où l’infraction a été commise. Par exemple, si vous recevez un PV pour stationnement interdit, vous avez un an pour contester ou payer l’amende avant que l’infraction ne soit prescrite.

Prescription des délits

Les délits sont des infractions plus graves que les contraventions, mais moins que les crimes. On y trouve par exemple les vols simples, les escroqueries ou les violences légères. Leur prescription est plus longue :

  • Délai de prescription : 6 ans à partir de la commission de l’infraction.
  • Exceptions : certains délits spécifiques, comme ceux liés à la corruption ou au terrorisme, peuvent avoir des délais plus longs. Nous y reviendrons plus tard.

Ce délai de 6 ans s’applique à la plupart des délits, mais il peut être interrompu ou suspendu dans certaines situations, ce qui prolonge la possibilité de poursuites.

Prescription des crimes

Les crimes sont les infractions les plus graves, comme les meurtres, les viols ou les actes de terrorisme. Leur prescription est la plus longue :

  • Délai de prescription : 20 ans à partir de la commission de l’infraction.
  • Exceptions : pour les crimes les plus graves, comme les crimes contre l’humanité ou les viols sur mineurs, le délai peut être encore plus long, voire inexistant.

Ce délai de 20 ans signifie que les poursuites peuvent être engagées jusqu’à deux décennies après les faits. Cependant, comme pour les délits, ce délai peut être interrompu ou suspendu dans certains cas.

Quand commence le délai de prescription ?

Le point de départ du délai de prescription est une question cruciale. En principe, il commence à courir le jour où l’infraction a été commise. Cependant, il existe des exceptions importantes, notamment pour les infractions dites "clandestines" ou celles commises sur des mineurs.

Infractions instantanées vs infractions continues

  • Infractions instantanées : ce sont des infractions qui se commettent en un seul acte, comme un vol ou un meurtre. Pour ces infractions, le délai de prescription commence à courir dès le jour de l’acte.
  • Infractions continues : ce sont des infractions qui se prolongent dans le temps, comme le recel ou la séquestration. Pour ces infractions, le délai de prescription ne commence à courir qu’à partir du moment où l’infraction cesse.

Infractions clandestines

Certaines infractions sont commises de manière dissimulée, comme l’abus de confiance ou certaines fraudes. Dans ces cas, le délai de prescription ne commence à courir qu’à partir du jour où l’infraction est découverte. Cette règle vise à protéger les victimes qui n’auraient pas pu prendre connaissance des faits plus tôt.

Infractions commises sur des mineurs

Pour les infractions commises sur des mineurs, comme les agressions sexuelles ou les violences, le délai de prescription ne commence à courir qu’à partir de la majorité de la victime. Cela signifie que si un mineur est victime d’une infraction, il dispose de tout le délai de prescription (6 ans pour un délit, 20 ans pour un crime) à partir de ses 18 ans pour engager des poursuites.

Interruption et suspension du délai de prescription

Le délai de prescription n’est pas toujours figé. Il peut être interrompu ou suspendu, ce qui prolonge la possibilité d’engager des poursuites. Voici les principales situations dans lesquelles cela peut se produire.

Interruption de la prescription

L’interruption de la prescription signifie que le délai repart à zéro. Cela peut se produire dans plusieurs cas :

  • Acte de poursuite : dès qu’une plainte est déposée, qu’une enquête est ouverte ou qu’un juge d’instruction est saisi, le délai de prescription est interrompu.
  • Acte d’instruction : tout acte réalisé par un juge d’instruction (comme une perquisition ou une audition) interrompt également le délai.
  • Reconnaissance de culpabilité : si l’auteur de l’infraction reconnaît les faits, cela peut aussi interrompre la prescription.

Par exemple, si un délit est commis en 2020 et qu’une plainte est déposée en 2025, le délai de 6 ans repart à zéro à partir de 2025.

Suspension de la prescription

La suspension de la prescription signifie que le délai est mis en pause, puis reprend là où il s’était arrêté. Cela peut se produire dans les cas suivants :

  • Obstacle insurmontable : si une victime ne peut pas agir en justice en raison d’un obstacle indépendant de sa volonté (comme une guerre ou une catastrophe naturelle), le délai est suspendu.
  • Minorité de la victime : pour les infractions commises sur des mineurs, le délai est suspendu jusqu’à leur majorité, comme expliqué précédemment.
  • Recours en cours : si une procédure judiciaire est en cours (comme un appel ou un pourvoi en cassation), le délai peut être suspendu jusqu’à ce que la procédure soit terminée.

Les exceptions à la prescription

Bien que la prescription soit un principe général, il existe des exceptions notables, notamment pour les infractions les plus graves. Voici les principales.

Infractions imprescriptibles

Certaines infractions sont imprescriptibles, c’est-à-dire qu’elles ne sont jamais soumises à un délai de prescription. C’est le cas des :

  • Crimes contre l’humanité : comme les génocides ou les crimes de guerre, qui peuvent être poursuivis à tout moment, quel que soit le temps écoulé.
  • Certains crimes terroristes : en raison de leur gravité, certains actes de terrorisme peuvent également être imprescriptibles.

Ces exceptions visent à garantir que les crimes les plus graves ne puissent jamais être oubliés ou impunis.

Allongement des délais pour certaines infractions

Pour certaines infractions, les délais de prescription sont allongés afin de tenir compte de leur gravité ou de leur complexité. Par exemple :

  • Viols et agressions sexuelles sur mineurs : le délai de prescription peut être porté à 30 ans à partir de la majorité de la victime, soit jusqu’à ses 48 ans.
  • Trafic de stupéfiants : pour les trafics organisés, le délai de prescription peut être plus long que pour un délit simple.
  • Corruption : les délits de corruption peuvent avoir un délai de prescription étendu en raison de leur caractère souvent clandestin.

Ces allongements visent à donner plus de temps aux victimes pour se manifester et aux autorités pour enquêter.

Que faire si vous êtes victime d’une infraction prescrite ?

Si vous découvrez qu’une infraction dont vous avez été victime est prescrite, cela ne signifie pas que vous n’avez plus aucun recours. Voici ce que vous pouvez faire.

Demander réparation au civil

Même si les poursuites pénales sont impossibles, vous pouvez toujours engager une action au civil pour obtenir réparation. En effet, la prescription pénale ne s’applique pas aux actions en responsabilité civile. Vous pouvez donc demander des dommages et intérêts devant un tribunal civil, à condition d’agir dans le délai de prescription civile, qui est généralement de 5 ans.

Signaler les faits aux autorités

Même si l’infraction est prescrite, il peut être utile de signaler les faits aux autorités. Cela peut permettre de :

  • Protéger d’autres victimes : si l’auteur est toujours actif, votre signalement peut aider à prévenir de nouvelles infractions.
  • Documenter les faits : votre témoignage peut être utile pour des enquêtes futures ou pour établir des tendances.

Consulter un avocat

Un avocat spécialisé en droit pénal peut vous aider à évaluer vos options et à déterminer si une action en justice est encore possible, que ce soit au pénal ou au civil. Il pourra également vous conseiller sur les démarches à suivre pour obtenir réparation.

Questions fréquentes

Qu’est-ce que la prescription en droit pénal ?

La prescription en droit pénal est un mécanisme qui empêche l’engagement de poursuites pénales après un certain délai. Une fois ce délai écoulé, l’auteur d’une infraction ne peut plus être jugé, et la victime ne peut plus demander réparation devant un tribunal pénal. Ce délai varie selon la gravité de l’infraction : 1 an pour les contraventions, 6 ans pour les délits et 20 ans pour les crimes.

Quand commence le délai de prescription ?

En principe, le délai de prescription commence à courir le jour où l’infraction a été commise. Cependant, pour les infractions clandestines, il ne commence qu’à partir du jour où elles sont découvertes. Pour les infractions commises sur des mineurs, le délai ne commence qu’à partir de leur majorité.

Peut-on interrompre ou suspendre le délai de prescription ?

Oui, le délai de prescription peut être interrompu ou suspendu. L’interruption (par exemple, par une plainte ou un acte d’instruction) fait repartir le délai à zéro. La suspension (par exemple, en cas d’obstacle insurmontable ou de minorité de la victime) met le délai en pause, qui reprend ensuite là où il s’était arrêté.

Quelles sont les infractions imprescriptibles ?

Certaines infractions sont imprescriptibles, c’est-à-dire qu’elles ne sont jamais soumises à un délai de prescription. C’est le cas des crimes contre l’humanité et de certains crimes terroristes. Ces infractions peuvent être poursuivies à tout moment, quel que soit le temps écoulé.

Que faire si l’infraction est prescrite ?

Si l’infraction est prescrite, vous ne pouvez plus engager de poursuites pénales. Cependant, vous pouvez toujours demander réparation au civil pour obtenir des dommages et intérêts. Vous pouvez également signaler les faits aux autorités, ce qui peut aider à protéger d’autres victimes ou à documenter les faits. Consulter un avocat spécialisé peut vous aider à explorer vos options.

À lire également